Entretien avec Élodie Guignard, photographe rennaise

En parallèle de l’exposition de sa collection ‘Narcisse ou le souffle renversé’, dont les photographies sont à découvrir dans le centre d’affaires OUIFLEX | Rennes – Gare, la photographe Élodie Guignard a accepté de se prêter au jeu des questions – réponses. Entretien complet.
Bonjour Élodie, peux-tu raconter ton parcours et présenter tes collections ?
E. G. : « Je suis Rennaise et j’ai commencé mes études à Rennes, avant de me lancer vraiment dans la photo. En parallèle de mes études en lettres et en allemand, j’ai pris des cours du soir aux Beaux-Arts, en photographie. Ensuite, je suis entrée à l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP). Après 3 ans à Arles, je suis ressortie diplômée d’un Master en photographie. »
En quelques mots, comment définirais-tu ton univers artistique ?
« J’aime travailler la mise en scène, le rapport des corps et des personnes dans le milieu dans lequel elles évoluent. Je cherche les connexions entre les personnes et leur environnement. J’ai développé un travail autour du portrait, assez inspiré de littérature et de peinture. Le mythe de Narcisse qui regarde son reflet dans l’eau et Ophélie de Shakespeare sont deux références qui ont beaucoup inspiré cette série (NDLR : ‘Narcisse ou le souffle renversé’ ). »
« Au départ, c’est tout un travail autour du féminin, avec une notion de portrait, d’autoportrait. Je raconte aussi qui je suis dans ces portraits. La nature fait référence aux lieux que j’ai pu connaître dans mon enfance. J’en suis d’autant plus imprégnée maintenant que je suis de retour dans l’ancienne ferme de mes grand-parents, entre Rennes et Nantes. C’est là où j’installe tout mon projet : mon studio, une chambre noire… »
Quelles sont tes influences ou sources d’inspiration artistiques ?
« Il y a plusieurs photographes que j’apprécie particulièrement, comme Graciela Iturbide, une photographe mexicaine. Il y a un univers assez magique chez elle, entre la réalité et la fiction, avec des photos en noir et blanc. Francesca Woodman, elle, se met en scène dans des autoportraits, aussi en noir en blanc, dans un travail autour du mouvement et des miroirs. Diane Arbus, pour sa part, dresse des portraits de gens souvent marginaux, que je trouve très puissants. »

Peux-tu nous parler du matériel photo que tu utilises ?
« C’est très particulier, je travaille en argentique, depuis le début. Je fais un petit peu de numérique pour répondre aux commandes, mais ma sensibilité va à l’argentique. J’utilise un appareil moyen format qui fait du format carré. Pour la série exposée chez OUIFLEX, j’ai fait appel à un tireur qui travaille dans un laboratoire argentique. Les impressions sont tirées en papier coton, qui rappellent un peu la peinture. »
Qu’est-ce qu’une photographie réussie ? Quel serait un beau compliment reçu ?
« L’émotion qu’elle procure, le ressenti des gens. Un compliment dont je me rappelle, c’est celui d’une femme chercheur en arts plastiques, qui avait écrit à propos de la série présente : ‘les images rentrent dans les rêves, restent dans l’imaginaire, dans le conscient et dans l’inconscient’. Ce sont des mots qui m’ont touchée. »
La collection ‘Narcisse ou le souffle renversé’ date de 2010, quelle est la suite prévue ?
« L’an dernier, le Frac (NDLR : fonds régional d’art contemporain) a acheté une photo de la série. Je travaille sur des séries sur du long terme et ne mets jamais de point final à mes travaux. Il y a toujours une suite, j’ajoute parfois des photos aux séries. Au Bangladesh, par exemple, pays d’où je reviens juste, je continue un travail que j’ai commencé il y a plus de 20 ans. Dans mon travail, le temps est important, pour construire et creuser un sujet, et essayer d’aller plus loin. Ce n’est jamais fini. »


Peux-tu nous dire un mot sur tes futurs projets et expos photo ?
« Alors pour 2025, c’est un peu tôt pour en parler. J’ai actuellement une expo dans 6 gares entre Rennes et Morlaix sur une ligne de TER. Des photos sont aussi visibles dans le parc du Thabor à Rennes. Cette exposition, ‘Un midi à ViaSilva‘, réalisée dans le cadre d’un projet avec Les Ailes de Caïus, est prolongée jusqu’à fin novembre. »
« J’ai une expo également qui démarre au Bangladesh, sur un bateau, des 15 au 17 novembre. Il s’agit d’un travail autour d’une rivière à Dacca, où j’ai eu un ressenti particulier. Dans un petit coin en bord de rivière, j’ai photographié un échantillon de vie, en partant à la rencontre des gens qui ont un lien avec cette rivière Buriganga (NDLR : le Vieux Gange). Parfois, ce sont des bateliers, des pêcheurs ou encore d’autres travailleurs. »
« L’exposition est visible sur un bateau qui se déplace à la rencontre des gens. Des pièces de théâtre vont être jouées, tout ça est ouvert aux communautés locales, aux familles de pêcheurs qui vivent au bord de la rivière. J’ai été sélectionnée par rapport à mon travail autour de l’eau, aux côtés de 5 artistes bangladais. Il y a des sculpteurs, poètes, dessinateurs, et je suis la seule en photographie. »
Extrait de la présentation de la série ‘Swarighat’, dont deux photographies sont visibles ci-dessus :
« La rivière.
Une déambulation au bord de l’eau.
Observer, regarder, chercher à comprendre…
Y retourner encore…
Dans la ville si peuplée, cet endroit du bord de l’eau est un endroit paisible.
Je m’y suis promené. J’ai marché sur les rivages, j’ai croisé les regards de ceux qui vivent et travaillent là. J’ai cherché dans les visages une vieille histoire de la ville et des êtres humains. […]
Quel est ce lien qui me lie à eux, à elle , à cette ville qui m’enchante et m’effraie à la fois.
C’est un mélange de peur et de beauté, une fascination étrange.
Dans la clameur de la ville, elle coule , immuable et tranquille, apaisante, hypnotisante. »
